Tentative (réussie) d’épuisement d’un lieu… de confinement

J’ai récemment relu la géniale « Tentative d’épuisement d’un lieu Parisien” de Georges Pérec. Un livre très original, dans lequel l’auteur s’assoit à un café de la place Saint-Sulpice trois jours d’affilée, à différentes heures, et note tout ce qu’il voit. Cette place a été souvent décrite, prise en photo, racontée. Mais pas dans son intégralité selon lui. Pérec veut relater ces détails oubliés qui font un lieu. Les petites choses de la vie que l’on ne remarque pas. Les événements anodins qui passent inaperçus. C’est un texte déroutant et à nul autre pareil. 

Cette relecture en période de confinement m’inspire plusieurs réflexions: 

  • D’abord, je pense qu’il ne parvient pas à épuiser ce lieu. Il y a bien trop de vie. Il se passe trop de choses. Trois jours ne sont pas suffisants. Pour moi, la preuve qu’il n’y parvient pas, c’est que j’aime ce livre. Je l’ouvre avec plaisir. S’il avait épuisé ce lieu, j’aurais fermé le livre une bonne fois pour toute, dégoûté.
  • Ensuite, je me demande, comment épuiser un lieu ? Et aujourd’hui, la réponse nous l’avons. Tourner en rond pendant des mois autour de sa maison… D’abord au printemps pendant deux mois. Puis à l’automne, pendant X mois… ( ∀x∈IR+*). Voilà la solution. 

Si j’ai bien l’impression d’avoir épuisé mon lieu de confinement, je note trois choses:

  • Au début c’est vrai que l’on remarque les petits détails, si beaux, que l’on ne voyait pas auparavant. On se rend compte que la beauté est devant notre nez. Le merveilleux est sur le pas de notre porte. Génial. 
  • Puis, l’imagination prend le relais. On se met à embellir son décor. Une petite côte devient un Everest… Un arbre banal devient un beau palmier exotique… Une parcelle de terre devient une plage de sable fin…
  • Et enfin, un jour… Paf… Plus rien. La résignation. Tout est gris. Morne. Triste. Le lieu ne parle plus. La poésie s’est envolée. L’imaginaire s’est évaporé. Il ne reste que la réalité insupportable qui provoque une nausée sartrienne abominable.

Alors merci Georges Perec. Mais j’aurais préféré lire ce qu’il aurait fait de cette situation plutôt que de la vivre.

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