Oslo Dawn Patrol, les patrouilleurs de l’aube

C’est un mardi matin d’Octobre comme les autres. Il est cinq heures trente, le temps est pluvieux. La nuit règne sur le fjord de la capitale Norvégienne. L’obscurité domine. Tout est calme. Les habitants dorment encore. Les rues sont paisibles et silencieuses. Mais au sud-est de la ville Hans Flensted-Jensen sort son vélo qui brille de milles feux. Il a rendez-vous dans dix minutes avec un groupe de cyclistes. Ensemble, pendant une heure et demie, ils vont parcourir les routes autour d’Oslo, dans l’ombre et la fraîcheur automnale. Ils vont patrouiller, à l’aube, au travers des grandes étendues.

Voici la Oslo Dawn Patrol… 

Le créateur

Hans Flensted-Jensen est un cycliste originaire du Danemark. Il débute le vélo à cinq ans. A l’adolescence, c’est un compétiteur acharné, il développe un grand amour pour le cyclisme, avant d’arrêter totalement. Mais au Danemark, le vélo n’est jamais bien loin et cela demeure son moyen de locomotion privilégié. En 2013, il s’expatrie en Norvège, à Oslo. Au royaume du ski de fond, il se remet au cyclisme. 

Il commence alors à rouler aux aurores. Cela lui permet d’accumuler les heures d’entraînement et de concilier vie professionnelle et vie familiale. Rapidement, il va organiser des sorties matinales avec ses amis. L’engouement se répand. Il veut élargir le cercle à d’autres passionnés. L’idée lui vient d’en faire des évènements via facebook. Il les nomme Oslo Dawn Patrol… 

C’est le début d’une belle aventure.  

La création d’un groupe de passionnés

Le bouche à oreille fait peu à peu son office, le groupe grandit et les rassemblements gagnent en importance. Ils deviennent même une routine hebdomadaire bien huilée. Le principe est simple. Chaque mardi et jeudi, à 5h40 précises (surtout ne soyez pas en retard… rigueur scandinave oblige), les cyclistes se regroupent au sud-est d’Oslo, près de la sculpture “The Dildo Elf” (je vous laisse traduire…). Ils partent pour quatre vingt dix minutes de vélo. De retour en ville avant 7h30, ils partagent un café tous ensemble et chacun peut commencer sa journée.

La patrouille arrive à rassembler un peloton de plus de 70 personnes. Ils ont à coeur de bien respecter le code de la route, et roulent toujours à deux de front au maximum. Les voitures sont plutôt bienveillantes avec ces groupes de cyclistes. Et s’ils se font klaxonner, quoi qu’il arrive, jamais personne ne s’énerve ou ne s’emporte. C’est une règle d’or.

Pour ces sorties, il n’est pas question de se faire la course, ni de rouler de manière désorganisée. Ils avancent de manière structurée en se passant des relais vigoureux. Le tracé est planifié à l’avance. L’allure est bonne sans être trop excessive. Si l’engouement s’est autant répandu, c’est parce que chacun sait ce qu’il va pouvoir vivre lors de ces événements. Une heure trente à bonne intensité, ni plus ni moins. De beaux moments d’échanges, des merveilleux paysages, et une saine émulation qui aide à se lever si tôt.

La clé du succès a été la constance et l’organisation. 

Mais le Covid est passé par là. La pandémie a imposé quelques changements. Désormais, ils doivent organiser deux groupes, limités à vingt-cinq cyclistes. En conséquence, il y a une liste d’attente d’une quinzaine de personnes pour participer à la Dawn Patrol. Chacun est impatient de retrouver le format plus chaleureux qu’offrait le peloton massif d’avant la pandémie.  

Les profils de ces cyclistes sont très variés. Beaucoup d’étrangers et d’expatriés prennent part à ces virées. Notamment des Anglais, des Américains, des Canadiens, des Australiens… Le groupe attire aussi des femmes. Il met un point d’orgue à être inclusif avec les différentes communautés. C’est un lieu d’échange exceptionnel et un bon vecteur d’intégration. Toujours dans la gaieté que procure le vélo. 

Les forçats de la route 

De tels événements pourraient sembler banals. Sauf qu’être cycliste en Norvège n’a rien de commun.

Il suffit de quelques minutes pour sortir de la ville d’Oslo et être plongé dans des paysages exceptionnels. Les sorties qu’ils réalisent ont pour cadre des vastes campagnes verdoyantes, des grandes forêts de pins, des routes longeants un fjord argenté. Même s’ils font très souvent la même sortie afin de savoir exactement quand ils vont rentrer, la monotonie ne gâche jamais l’évènement. Parfois ils alternent avec une sortie Gravel, plus au Nord d’Oslo, sur les larges sentiers vallonnés de la forêt du Nordmarka. 

Les latitudes Norvégiennes présentent un avantage en été pour les sorties de vélo matinales. En Juin, le soleil se lève aux alentours des 4 heures du matin à Oslo, pour se coucher après 23 heures. En été donc, ces cyclistes matinaux peuvent s’adonner à leur pratique comme en plein jour. C’est une chance exceptionnelle. 

Mais toute bonne chose a son revers. L’hiver, c’est tout l’inverse. En décembre le soleil n’apparaît que timidement entre 9 heures et 15 heures. On pourrait dire qu’à cette saison, le groupe forme plutôt une patrouille nocturne. Il se contente d’une nuit noire éclairée de tous les équipements lumineux possibles.

Entre les deux, les sorties d’automnes se distinguent par leurs couleurs rougeoyantes pendant de longues heures. Le ciel orangé se mêle aux feuilles tombantes, et les crépuscules semblent ne jamais s’arrêter. L’automne donne aussi l’occasion au groupe de croiser des animaux, notamment des élans

Mais le tableau est loin d’être aussi idyllique que les belles photos le laisseraient penser. Le climat ne se laisse pas facilement apprivoiser.

Etre cycliste en Norvège n’est pas une sinécure. La belle saison estivale n’est jamais très longue. Les conditions climatiques sont souvent rudes. En hiver, moins de cyclistes se présentent aux rassemblements. Beaucoup préfèrent s’adonner au ski de fond. C’est à cette période que les vrais passionnés se retrouvent. Hans n’arrête jamais lui. Au plus profond de l’hiver, il ne subsiste qu’une petite dizaine de patrouilleurs. Ils roulent par des températures négatives, parfois sous la pluie, sous la neige, dans le ventRien ne les arrête. Rien n’ôte leurs sourires. Le café final se déroule toujours dans la bonne humeur. Il réchauffe les extrémités endolories, redonne du baume au coeur.. 

Ces passionnés sont des cyclistes forcenés, résistants à tout. Le froid ne semble pas les atteindre, comme en témoignent les gants si fins que certains portent, quand la sagesse recommanderait de porter de grosses moufles. La rudesse du climat explique peut-être leur redoutable puissance. D’ailleurs, la trace Strava de leur parcours régulier est un trophé très disputé. En dehors des sorties de la Patrouille, certains s’emploient très durement pour avoir le meilleur temps. C’est actuellement un ancien skieur alpin, ayant participé aux Jeux Olympiques, qui détient le meilleur temps à plus de 36 km/h de vitesse moyenne. 

L’idée a infusé dans d’autres villes

Oslo Dawn Patrol est un succès indéniable. L’événement jouit d’une belle notoriété. A tel point que des fondeurs de l’équipe nationale ont même pris part à certaines sorties dans le cadre de leur préparation pour l’hiver. 

Ce n’est donc pas un hasard si l’idée s’est répandue à d’autres villes du pays. Bergen, Arendal, Tønsberg, et même Tromsø, une ville pourtant au nord du cercle Polaire (je n’ose imaginer le froid de ces virées à vélo) ont désormais leurs propres patrouilles de l’aube, soutenues par Hans. 

L’inspiration a même débordé des frontières du pays pour aller jusqu’en Allemagne, à Kiel et Berlin. La bande d’Oslo aura donc été pionnière pour ce genre de rassemblement. 

On attend désormais que cette inspiration s’étende encore plus vers le sud. Et pourquoi pas en France… 

En attendant, je vous invite à jeter un oeil au compte de l’événement (@Oslodawnpatrol). Vous y verrez les photos et les stories de ces sorties peu communes. Ils partagent volontiers leur engouement et les conditions particulières dans lesquels ils pratiquent le cyclisme. C’est un dépaysement assuré. Un remède idéal pour s’évader et rêver. 

Attention toutefois, bien au chaud sous la couette, ces cyclistes pourraient vous faire grelotter. 

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