La tendance des défis personnels originaux

Lachlan Morton, ce nom vous dit-il quelque chose? Il est le héros d’une histoire singulière ces derniers jours. 

Depuis que la pandémie a forcé les organisateurs à reporter ou annuler leurs courses, les sportifs se lancent dans des défis originaux. Parfois surhumains. Parfois Sysyphéens. Est-ce simplement parce qu’il n’y a pas de courses ?

Everesting Challenge

Lachlan Morton est un cycliste Australien, membre de l’équipe EF-Education First. Ce coureur s’est lancé le défi de battre le record du temps nécessaire pour réaliser l’équivalent en dénivelé de l’Everest, c’est à dire 8 848 mètres, à vélo. 

Le 13 juin, le voilà donc qui s’élance sur un parcours qu’il a tracé dans ce but. Il va réaliser à 42 reprises une ascension de 1,9 km. 170 km plus tard, il bat donc le record en 7 heures, 32 minutes. Mais voilà, en étudiant son circuit tracé via l’outil Strava (on en parlait ici), on se rend compte que finalement la montée du circuit ne faisait pas les 213 mètres de dénivelés prévus, mais plutôt 200 mètres. Il n’a donc pas grimpé les 8 848 mètres de dénivelés nécessaires. Grosse déception. 

Mais ce coureur n’est pas du genre à se laisser abattre. Une semaine plus tard, le 20 juin, il retente son défi. Et cette fois, il va mettre 7 heures et 29 minutes pour boucler 48 fois l’ascension. 47 auraient été suffisantes… mais pour être sûr de ne pas avoir à refaire ce défi, il a ajouté une ascension supplémentaire. Il aura donc été plus rapide pour sa seconde tentative, cette fois-ci homologuée, puisqu’il aura accompli un dénivelé de 9 113 mètres. Un bel exemple de persévérance et d’abnégation. Surtout pour un défi « personnel », qui ne lui rapporte rien d’autre qu’un peu de notoriété. Mais voilà une belle quête, un de dépassement de soi pour l’amour du sport. Rappelons aussi que fin Mai, il battait le record en Gravel Bike du Kokopelli Trail, un chemin de 220 km aux Etats-Unis. 

Une nouvelle mode

Si Lachlan Morton semble être un homme de défi, cela semble être plutôt à la mode ces derniers temps. De plus en plus de sportifs se tournent vers ce genre de défi personnel. Délaissant les grandes courses, les grands évènements, ce genre de défi redonne un certain sens au sport. Une noblesse parfois laissée de côté, qui ici prend toute son envergure

Citons par exemple la fois où Kilian Jornet avait battu le record de dénivelé sur 24 heures en Ski de rando. Ugo Ferrari avait battu le record fin Septembre 2019 de dénivelé positif en Trail sur 24h. Plus récemment, on a vu d’autres défis sportifs personnels. Vincent Viet a réalisé une traversée en Trail entre Annecy et Chamonix, un projet baptisé « AnnCham » avec quatre de ses amis. Une course folle de 110 km, de plus avec des conditions déplorables. On a aussi vu le cycliste Lilian Calmejane rouler sur son vélo du lever au coucher de soleil, pour cumuler 400 kilomètres. Tom Stephenson s’est lancé le même défi que Lachlan Morton en Angleterre et a battu le record national de l’Everesting challenge anglais. Sur Zwift, durant le confinement, plusieurs cyclistes se sont donnés le défi de faire 8 848 mètres de dénivelés via la plateforme.

D’autres athlètes amateurs se lancent aussi ce type de défi. Citons ce couple par exemple, qui s’est lancé dans une course à pied de 120 km entre Pontivy et Hennebont, en autonomie. 

Un retour à la beauté du geste

Même si les niveaux divergent, le geste est bien le même. Ces défis transcrivent selon moi, la volonté d’un plaisir retrouvé. Ces défis sont personnels, la performance est secondaire. Le but principal est de se faire plaisir, de profiter de son sport hors de tout cadre. Un certain esprit d’aventure transparait aussi. Il s’agit d’exploration. Une reconquête de soi. Mais également du terrain. Profiter d’une façon différente, d’une façon nouvelle, de l’environnement qui nous entoure. En refaire un terrain de jeu. De manière à le percevoir avec des yeux d’enfants de nouveau. Dans le seul but de jouer avec cet espace. Et de profiter de lui d’une manière plus humble. 

Pour ma part, je trouve ces défis extrêmement beaux et nobles. Ils sont réalisés pour la beauté du geste. Je distingue aussi deux formes à ces défis. Ceux très répétitifs (48 fois une ascension, ou encore les marathons sur un balcon…), et ceux qui sont plus dans l’exploration du terrain (la traversée AnnCham par exemple). Mais je n’arrive pas à me faire un avis sur lequel serait le plus beau (il n’est peut être pas nécessaire que l’un soit plus beau que l’autre finalement). L’aspect répétitif de ces aventures est absolument fascinant et impressionnant. Il nécessite une telle force mentale. Mais d’un autre côté, cet autre type d’aventure qui n’est pas dans la répétition nécessite une autre force mentale tout aussi importante et admirable. Accepter l’inconnu, s’adapter… 

Ces phénomènes vont-ils durer ?

Alors il est vrai que pour les sportifs professionnels, on peut se demander s’ils se lanceraient dans ce genre de défi si les calendriers étaient normalement pourvus de leurs courses habituelles. Sans ce calendrier tronqué, ils n’auraient pas eu tant de liberté. 

Mais tout de même… 

Face à ces évènements dont les inscriptions se comblent en quelques minutes. Face à ces images d’embouteillages sur les sentiers de certaines courses. Face à l’injonction toujours plus forte de « courir un marathon sinon on a raté sa vie » pour se vanter au café… 

Je vois dans cette tendance une volonté de refaire les choses pour soi. Pour le plaisir. Pour toute la beauté, et pour tout ce que peut apporter de bon le sport. Pour le partage, le dépassement de soi, la quête de la bonne fatigue. Et sans volonté de vantardise.

(Mais en utilisant Strava quand même, sinon ça ne valide pas…)

C’est pourquoi, même si les calendriers sportifs reviennent à la normale (le plus vite possible, espérons le), j’espère que cette tendance va perdurer. 

https://www.cyclingnews.com/news/lachlan-morton-returns-to-set-verified-everesting-record/

https://www.ledauphine.com/sport/2019/09/29/ugo-ferrari-le-record-du-denivele-en-prime

https://www.ledauphine.com/edition-annecy-rumilly-les-aravis/2020/05/28/vincent-viet-veut-rallier-chamonix-depuis-annecy-par-les-montagnes

https://www.ouest-france.fr/bretagne/pontivy-56300/pontivy-ils-courent-120-km-en-autonomie-le-long-du-blavet-6876561

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